Un diplôme obtenu en plusieurs fois, par morceaux, sur plusieurs années – l’idée peut sembler étrange. Pourtant, c’est exactement ce que permettent les blocs de compétences depuis leur généralisation en 2019. Derrière ce mécanisme réglementaire, il y a des décisions concrètes à prendre : quel bloc valider en premier, comment financer chaque étape, et que vaut réellement ce mode de certification aux yeux d’un recruteur.
Blocs de compétences : de quoi parle-t-on exactement?
Un bloc de compétences est un ensemble cohérent de savoir-faire et de connaissances, évaluable et certifiable de manière autonome. Ce n’est pas un simple module de formation : c’est une unité reconnue officiellement, qui peut faire l’objet d’une attestation distincte du diplôme complet.
Le cadre légal remonte à la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, qui a posé les premières bases en introduisant simultanément le CPF et la notion de bloc de compétences. La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a ensuite rendu obligatoire ce découpage pour toutes les certifications enregistrées au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP).
L’article R6113-9 du Code du travail formalise cette obligation : toute certification RNCP doit être structurée en blocs de compétences identifiés, chacun pouvant être validé indépendamment. C’est la colonne vertébrale du système actuel.
Comment un diplôme est-il découpé en blocs de compétences?
Depuis le 1er janvier 2019, toute nouvelle certification déposée au RNCP doit obligatoirement être organisée en blocs. L’organisme certificateur – une école, un ministère, une branche professionnelle – définit lui-même le nombre et le contenu de chaque bloc, sous le contrôle de France Compétences, l’autorité nationale chargée de la régulation du système.
Concrètement, un titre professionnel de niveau 5 (bac+2) en développement web sera par exemple découpé en trois ou quatre blocs : conception d’interfaces, développement back-end, gestion de projet numérique. Chaque bloc correspond à une ou plusieurs situations professionnelles réelles, pas à une liste de cours théoriques.
France Compétences évalue la cohérence du découpage lors de l’enregistrement de la certification. Elle vérifie notamment que chaque bloc est bien évaluable de façon autonome et qu’il correspond à des compétences effectivement mobilisées dans le métier visé. Ce filtre évite les découpages arbitraires.
Valider un diplôme bloc par bloc offre une vraie souplesse de parcours
L’avantage principal est la capitalisation des blocs validés : si vous réussissez deux blocs sur quatre, vous conservez ces acquis même si vous ne terminez pas la certification dans l’immédiat. Vous n’avez pas à tout recommencer depuis zéro lors d’une reprise de parcours.
Chaque bloc peut être financé séparément via le Compte Personnel de Formation (CPF). Pour un salarié en poste qui ne peut pas s’absenter longtemps, cela change tout : il finance et valide un premier bloc, attend six mois, puis enchaîne sur le suivant selon ses disponibilités et son solde CPF.
- Étalement du parcours dans le temps, sans date limite imposée (variable selon les certifications)
- Financement CPF mobilisable bloc par bloc
- Attestation de bloc délivrée même sans obtention du diplôme complet
- Accès à certains emplois ou promotions avec des blocs partiels validés
L’attestation de validation d’un bloc est un document officiel. Pour un employeur du secteur concerné, elle prouve une compétence précise – parfois plus parlante qu’un diplôme généraliste obtenu il y a dix ans. Dans les secteurs en tension comme le numérique ou l’industrie, ce niveau de granularité est apprécié côté RH.
Quelles sont les limites réelles de la certification par blocs de compétences?
Le premier écueil : les blocs ne sont pas transférables d’une certification à une autre. Si vous validez deux blocs d’un BTS Gestion de la PME et que vous souhaitez ensuite vous réorienter vers un titre professionnel équivalent, vous repartez de zéro. Les blocs sont liés à une certification spécifique, pas à un domaine de compétences générique.
La durée de validité des blocs validés varie selon les certifications et n’est pas toujours clairement communiquée. Certains organismes fixent une limite à cinq ans, d’autres ne précisent rien. Avant de vous engager, vérifiez explicitement ce point dans le règlement de la certification.
La lisibilité côté employeurs reste inégale. Un DRH d’une grande entreprise connaît bien le système RNCP ; un dirigeant de TPE, beaucoup moins. Présenter une attestation de bloc sans contexte peut générer de la confusion lors d’un entretien. Il faut savoir expliquer ce que cette attestation prouve réellement.
Autre point de friction : certaines certifications imposent un ordre de passage des blocs, ce qui réduit la flexibilité théorique du système. La souplesse affichée n’est donc pas toujours aussi grande que sur le papier.
Choisir sa certification parmi les 5 000 diplômes actifs au RNCP
Selon France Compétences, le RNCP comptait plus de 5 000 certifications professionnelles actives au 31 décembre 2025, couvrant des secteurs allant de l’industrie au numérique, en passant par le soin, le commerce et l’agriculture. Le volume est conséquent et la comparaison demande une méthode.
Pour choisir efficacement, commencez par identifier le niveau de qualification visé (de 3 à 8 dans le cadre européen) et le secteur d’activité. Le moteur de recherche de France Compétences permet de filtrer par intitulé de métier, niveau et date d’échéance de la certification – ce dernier critère est souvent négligé, alors qu’une certification qui expire dans six mois n’offre aucune garantie de continuité.
- Vérifiez le nombre de blocs et leur contenu détaillé dans la fiche RNCP
- Distinguez les blocs obligatoires (requis pour l’obtention du diplôme) des blocs optionnels
- Contrôlez la date d’enregistrement et la durée de validité de la certification
- Identifiez les organismes habilités à délivrer cette certification dans votre région
Un même titre peut être proposé par des dizaines d’organismes avec des modalités pédagogiques très différentes – présentiel, formation à distance structurée en modules progressifs, alternance. Le contenu des blocs est identique puisqu’il est fixé par le référentiel RNCP, mais le rythme et l’accompagnement varient fortement. C’est souvent ce qui fait la différence sur le taux de validation.
Certaines plateformes numériques dédiées à la vie étudiante centralisent documents, évaluations et suivi de blocs dans un espace unique – un critère de confort à peser si vous gérez un parcours long en parallèle d’une activité professionnelle.
Le bloc de compétences n’est pas une promesse abstraite de flexibilité. C’est un outil contractuel avec des règles précises : le maîtriser avant de s’engager, c’est éviter de financer une formation qui ne correspond pas à la trajectoire visée.
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