Finance LTM : comprendre et utiliser les 12 derniers mois glissants

Finance LTM

La plupart des états financiers publiés par une entreprise sont déjà datés le jour où vous les lisez. C’est précisément ce décalage que la finance LTM cherche à corriger, en recalculant en permanence la performance sur les 12 mois qui précèdent l’analyse.

Un outil simple en apparence, mais dont la mauvaise utilisation peut conduire à des erreurs de valorisation significatives.

Qu’est-ce que le LTM en finance?

Le LTM – acronyme de Last Twelve Months – mesure la performance d’une entreprise sur les 12 mois immédiatement précédant la date d’analyse.

Selon le Corporate Finance Institute, il est aussi désigné sous les termes TTM (Trailing Twelve Months) ou encore rolling twelve months. Ces trois appellations renvoient exactement au même calcul.

Une précision technique qui a son importance : le LTM ne concerne jamais le bilan comptable. Ce dernier photographie la situation patrimoniale à une date fixe et n’entre pas dans cette logique glissante. Seul le compte de résultat est mobilisé – chiffre d’affaires, EBITDA, résultat net – parce que ce sont des flux, pas des stocks.

Son rôle dans l’analyse financière est simple : combler l’écart entre la dernière publication annuelle et la réalité opérationnelle du moment. Une entreprise dont l’exercice fiscal s’est clôturé en décembre sera analysée sur des chiffres d’un à douze mois d’âge selon la date de l’analyse. Le LTM réduit ce biais.

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Comment calculer le LTM d’une entreprise?

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La formule est directe : LTM = Données annuelles les plus récentes + Données du dernier trimestre connu – Données du trimestre correspondant de l’année précédente

Exemple chiffré : pour obtenir le chiffre d’affaires LTM au 31/03/2016, on additionne les revenus annuels 2015 (15 M$) aux revenus du Q1 2016 (8 M$), puis on soustrait les revenus du Q1 2015 (5 M$). Résultat : 18 M$. Ce chiffre représente exactement 12 mois d’activité à la date d’analyse.

Pour les entreprises américaines cotées, les sources sont standardisées :

  • Le formulaire 10-K (rapport annuel déposé auprès de la SEC) fournit les données de l’exercice complet
  • Le formulaire 10-Q (rapport trimestriel) apporte les données des derniers trimestres
  • Pour les entreprises françaises, les rapports semestriels et les communiqués de résultats trimestriels remplissent le même rôle

La mécanique ne change pas selon la taille de l’entreprise. Ce qui change, c’est la disponibilité et la fiabilité des données sources.

Les indicateurs financiers clés calculés sur base LTM

Quatre ratios concentrent l’essentiel des usages en finance LTM :

IndicateurFormuleUsage principal
EV/EBITDA LTMValeur d’entreprise / EBITDA LTMValorisation en M&A
P/E LTM (Price/Earnings)Cours de l’action / BPA LTMAnalyse actions cotées
EPS (Earnings Per Share)Résultat net LTM / nombre d’actionsPerformance actionnaire
Rendement du dividendeDividendes LTM / cours de l’actionSélection de titres à revenus

Un EV/EBITDA LTM de 8 signifie concrètement qu’un acquéreur paierait l’équivalent de 8 années d’EBITDA récent pour prendre le contrôle de la société. C’est le multiple de référence dans la plupart des transactions mid-market.

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Le P/E LTM s’interprète différemment selon les secteurs. Un ratio élevé dans la tech peut signaler une anticipation de croissance forte ; le même ratio dans la distribution signale souvent une surévaluation.

Le LTM s’impose comme référence incontournable en fusions-acquisitions

Finance LTM avis

En M&A, la question centrale est toujours la même : quelle est la vraie capacité bénéficiaire de la cible aujourd’hui? Pas il y a 18 mois. Les lettres d’intention M&A mentionnent systématiquement un prix exprimé comme multiple d’EBITDA LTM, parce que c’est la mesure la plus proche de la réalité opérationnelle au moment de la négociation.

Mais le chiffre brut ne suffit pas. Les praticiens du M&A procèdent à des ajustements de normalisation avant de valider l’EBITDA LTM :

  • Retraitement des coûts non récurrents (restructurations, litiges ponctuels)
  • Normalisation des rémunérations exceptionnelles des dirigeants
  • Neutralisation des effets de change significatifs
  • Exclusion des revenus ou charges liés à des activités cédées

Les prêteurs utilisent également les chiffres LTM pour évaluer la solvabilité d’une entreprise avant d’accorder un financement. Un ratio dette nette / EBITDA LTM supérieur à 4 ou 5x déclenche généralement une analyse de risque approfondie.

Pour les dirigeants qui pilotent leurs finances avec l’appui d’un directeur administratif et financier à temps partagé, le suivi de ce type d’indicateur fait partie des livrables standards.

Quelles sont les limites du LTM en analyse financière?

12 mois, c’est court. Selon Capital.com, cette fenêtre peut s’avérer insuffisante pour les analyses d’investissement qui cherchent à évaluer la performance structurelle d’une entreprise plutôt que sa performance conjoncturelle.

Trois risques concrets méritent votre attention :

  • Les événements ponctuels significatifs – une perte exceptionnelle, un contrat atypiquement large, une acquisition en cours d’année – faussent les chiffres LTM jusqu’à ce qu’ils sortent naturellement de la fenêtre des 12 mois
  • La fraîcheur des données – un LTM calculé il y a neuf mois n’a plus grand intérêt. Selon Ariam, la mise à jour doit intervenir au minimum chaque trimestre pour que le chiffre reste exploitable
  • L’invisibilité des tendances longues – une entreprise en déclin structurel sur 3 ans peut afficher un LTM correct si les 12 derniers mois ont été favorables
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La bonne pratique consiste à croiser le LTM avec une analyse sur 3 à 5 ans pour distinguer la performance conjoncturelle de la trajectoire réelle. C’est le même principe qui s’applique à l’analyse du bilan comptable annuel : un seul exercice ne dit jamais toute la vérité.

Le LTM n’est pas une vérité financière. C’est une approximation de la performance récente, construite pour réduire le décalage entre les chiffres publiés et la réalité du moment.

Utilisé seul, il simplifie à l’excès. Intégré dans une analyse multicritères, il devient l’un des instruments les plus précis dont dispose un analyste pour situer une entreprise dans le temps.