Contravention : le salarié n’est plus tenu de payer ses amendes

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Un salarié prend en excès de vitesse avec le véhicule de société. L’amende arrive au siège de l’entreprise. Réflexe courant du service RH : déduire la somme du salaire. Ce réflexe est illégal, et il l’est depuis bien plus longtemps que beaucoup ne le croient.

La loi a progressivement redistribué les responsabilités entre employeur et salarié dans ce domaine, avec des conséquences concrètes sur la gestion quotidienne des flottes de véhicules. Voici ce que vous devez savoir, précisément.

Qui est responsable d’une amende pour excès de vitesse pour un employé?

Le droit distingue deux types de responsabilité : la responsabilité pénale, qui s’attache à la personne qui conduit, et la responsabilité pécuniaire, qui désigne celui qui doit régler l’amende. Ce n’est pas toujours la même personne.

Pour les contraventions commises avec un véhicule d’entreprise – excès de vitesse, franchissement de feu rouge, non-respect d’une distance de sécurité – l’article L.121-3 du Code de la route pose un principe clair : c’est le titulaire du certificat d’immatriculation, autrement dit l’employeur, qui est pécuniairement redevable de l’amende.

Le représentant légal de la société reçoit l’avis de contravention et doit s’acquitter du montant.

La responsabilité pénale, elle, reste en théorie attachée au conducteur. Mais sans désignation de ce dernier, c’est l’entreprise qui règle. Ce mécanisme existe précisément parce qu’un radar automatique ne peut pas identifier qui tient le volant.

Contravention et véhicule de fonction : ce que dit la loi depuis 2017

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La loi n°2016-1547 a introduit une règle nouvelle, en vigueur depuis le 1er janvier 2017. Son article L.121-6 du Code de la route crée une obligation légale de dénonciation : lorsqu’une entreprise reçoit un avis de contravention pour un véhicule de sa flotte, elle doit communiquer l’identité et l’adresse du salarié qui conduisait au moment des faits.

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Le délai est strict : 45 jours à compter de l’envoi de l’avis. La procédure passe par lettre recommandée avec accusé de réception, via un formulaire joint à la contravention. Toute entreprise qui ne respecte pas cette obligation s’expose à une amende de 4e classe, soit entre 675 et 750 euros – en plus de l’amende initiale.

Cette dénonciation ne s’applique qu’aux infractions relevées par un appareil de contrôle automatisé. Elle ne signifie pas que le salarié désigné paiera nécessairement l’amende, mais que son identité sera transmise aux autorités, avec les conséquences sur son permis que cela implique.

Retenue sur salaire pour amende : une pratique formellement interdite

C’est probablement le point qui crée le plus de litiges dans les entreprises. Certains employeurs tentent de récupérer le montant de l’amende en effectuant une déduction sur la fiche de paie du salarié concerné. Cette pratique est illégale, sans exception.

La Cour de cassation l’a tranché sans ambiguïté dans un arrêt du 17 avril 2013 : aucune retenue sur salaire ne peut être effectuée pour couvrir le montant d’une contravention, même si le contrat de travail contient une clause en ce sens. Une telle clause est nulle de plein droit. L’employeur condamné aux prud’hommes pour ce type de retenue devra rembourser les sommes prélevées, avec les intérêts.

Le salaire est protégé par des règles d’ordre public : seules les créances expressément autorisées par la loi peuvent faire l’objet d’une déduction. Le remboursement d’une amende n’en fait pas partie. Aucun accord d’entreprise, aucun règlement intérieur ne peut y déroger.

Qui doit payer les amendes de stationnement dans une entreprise?

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Pour les infractions de stationnement, le régime est légèrement différent mais conduit au même résultat pratique. L’article L.121-2 du Code de la route pose que la responsabilité incombe au titulaire de la carte grise, c’est-à-dire l’employeur, sauf s’il prouve un cas de force majeure ou fournit les renseignements permettant d’identifier le conducteur réel.

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Concrètement, si votre salarié se gare en double file avec le véhicule de société, c’est l’entreprise qui reçoit le forfait de post-stationnement. Elle peut ensuite, dans certaines conditions, désigner le salarié – mais cette désignation transfère la responsabilité légale, pas une obligation de remboursement imposée unilatéralement.

La question « qui doit payer les amendes de stationnement dans une entreprise » n’a donc qu’une seule réponse juridique : l’employeur, en première intention. La suite dépend de la procédure interne mise en place et des éventuelles sanctions disciplinaires, qui obéissent à leurs propres règles.

La dénonciation du salarié a changé les comportements au volant

Les effets de la loi 2017 sur la sécurité routière sont mesurables. Avant sa mise en application, seulement 26 % des entreprises désignaient spontanément leurs conducteurs. Dès la première année d’application, ce taux a bondi à 78,2 %, selon les données de la Sécurité routière.

En volume, ce sont plus de 3,2 millions d’avis de contravention qui ont été adressés aux entreprises en 2017, avec 2,59 millions de désignations effectuées. Le signal envoyé aux conducteurs – « l’infraction vous sera désormais personnellement attribuée » – a eu un effet direct sur les comportements.

En 2018, le nombre d’infractions commises avec un véhicule de fonction a baissé de 9,4 % par rapport à 2017. Ce chiffre, rapporté par Mooncard, illustre que la responsabilisation individuelle du conducteur – même sans sanction financière directe – suffit à modifier les pratiques. Perdre des points sur son permis personnel reste une conséquence suffisamment dissuasive.

Peut-on quand même demander au salarié de rembourser l’amende?

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La réponse directe est non, pas via le bulletin de paie. Mais l’employeur n’est pas totalement démuni. Après avoir désigné le salarié, les points retirés le seront sur le permis de conduire personnel du conducteur, pas sur celui de l’entreprise. C’est déjà une conséquence individuelle significative.

Sur le plan disciplinaire, une infraction grave ou répétée peut justifier une sanction : avertissement, mise à pied, voire licenciement pour faute dans les cas les plus sérieux. Mais la sanction disciplinaire doit être proportionnée et respecter la procédure prévue par le droit du travail. Elle ne peut pas prendre la forme d’une ponction financière.

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Certaines entreprises tentent de passer par la voie civile pour obtenir remboursement, en invoquant une faute du salarié ayant causé un préjudice à l’employeur. Cette voie existe en théorie mais reste complexe à mettre en œuvre, et les tribunaux l’admettent rarement pour de simples contraventions routières.

Bonnes pratiques pour les entreprises gérant une flotte de véhicules

Une flotte de véhicules bien gérée, c’est avant tout un cadre procédural clair, connu de tous les conducteurs avant qu’ils ne prennent le volant. Voici les mesures concrètes à mettre en place :

  • Charte conducteur : document signé par chaque salarié utilisant un véhicule de société, rappelant les obligations légales, les comportements attendus et les conséquences disciplinaires en cas d’infraction répétée.
  • Procédure interne de traitement des contraventions : désigner un référent (service RH ou gestionnaire de flotte) chargé de réceptionner les avis et de déclencher la désignation dans les 45 jours. Un simple tableau de suivi avec date de réception et date limite de désignation suffit à éviter les oublis.
  • Intégration dans le règlement intérieur : y préciser que toute infraction commise avec un véhicule de société entraîne la désignation systématique du conducteur auprès des autorités. Cette transparence évite les tensions a posteriori.
  • Outils de gestion de flotte : les solutions logicielles spécialisées permettent de tracer l’attribution des véhicules à chaque salarié, ce qui facilite l’identification du conducteur en cas de contravention reçue avec délai.
  • Information des salariés : rappeler régulièrement – lors des entretiens annuels ou via le coffre-fort numérique RH – que la dénonciation est automatique et que les points retirés affectent le permis personnel.
  • Suivi des permis : certaines entreprises font signer une autorisation de vérification périodique du solde de points, ce qui permet d’anticiper les situations à risque avant qu’un conducteur ne se retrouve sans permis valide.

La gestion des contraventions en entreprise n’est pas un sujet RH secondaire. Avec 3,2 millions d’avis annuels adressés aux entreprises françaises, c’est un volume qui justifie une procédure structurée – et le respect scrupuleux des délais légaux peut éviter des amendes supplémentaires inutiles.

La loi a tranché : le salarié conduit, mais c’est l’entreprise qui est en première ligne financièrement. Ce que l’employeur peut récupérer, c’est de la responsabilité individuelle – pas de l’argent sur le bulletin de paie. C’est une différence que beaucoup de salariés ignorent encore concernant leurs droits face à leur employeur, et qui mérite d’être connue avant qu’une retenue illégale n’apparaisse sur une fiche de paie.