Vous cherchez un extrait Kbis, vous tapez la requête sur Google, et vous tombez sur un site à l’apparence officielle qui vous propose le document pour 0,99 €.
Quelques semaines plus tard, un prélèvement de 49,90 € apparaît sur votre relevé bancaire – puis un autre le mois suivant. Ce scénario, des milliers d’entreprises l’ont vécu avec portail-des-societes.com. Voici ce que vous devez savoir avant de saisir votre numéro de carte.
C’est quoi le Portail des Sociétés?
Portail des Sociétés est une plateforme web privée qui centralise des informations légales sur les entreprises françaises. Le service se positionne comme un intermédiaire entre l’utilisateur et les bases de données publiques : INSEE, INPI, data.gouv.fr et datainfogreffe sont ses sources déclarées.
Concrètement, vous pouvez y rechercher une société par sa dénomination ou son numéro SIREN, consulter ses informations d’immatriculation, et commander des documents officiels comme l’extrait Kbis.
La promesse commerciale repose sur la simplicité : un seul point d’accès pour des données éparpillées entre plusieurs registres publics. Le site revendique plus de 20 000 entreprises clientes. Ce chiffre, mis en avant sur la plateforme, ne dit rien sur la satisfaction de ces clients ni sur la façon dont ils ont souscrit au service.
Ce que le site ne met pas en avant, c’est que toutes les données qu’il agrège sont déjà librement accessibles via des portails publics gratuits. La valeur ajoutée vendue est donc uniquement ergonomique – et elle a un coût très mal fléché dès la première transaction.
Portail des Sociétés est-il un service officiel?

Non. Portail des Sociétés est un service entièrement privé et indépendant, sans aucun lien avec l’État français, les greffes des tribunaux de commerce, ou l’INPI.
La confusion est pourtant fréquente, et elle n’est pas accidentelle : le design du site, son nom générique, et son positionnement dans les résultats publicitaires de Google l’installent dans un registre qui évoque les services publics.
Les services officiels pour obtenir un Kbis sont Infogreffe, opéré par le groupement d’intérêt économique des greffiers des tribunaux de commerce, et le guichet unique de l’INPI, mis en place dans le cadre de la réforme du guichet unique d’entreprise. Ces deux plateformes sont mandatées par la loi pour délivrer des extraits certifiés. Portail des Sociétés ne l’est pas.
Le risque de confusion est documenté. Des utilisateurs ont cru régler une formalité administrative en commandant leur Kbis sur ce site, persuadés d’être sur une plateforme institutionnelle.
Ce glissement entre apparence officielle et réalité commerciale privée est précisément ce que plusieurs associations de consommateurs et la DGCCRF ont commencé à surveiller de plus près ces dernières années.
Quel est le prix du Portail des Sociétés?
La structure tarifaire de Portail des Sociétés repose sur un mécanisme d’appel : le document Kbis est affiché à 0,99 €, un tarif délibérément inférieur à ce que proposent les canaux officiels. Ce prix d’entrée sert à capter l’attention et, surtout, à obtenir les coordonnées bancaires du client.
Ce que les conditions générales de vente précisent – dans un corps de texte difficile à repérer – c’est que ce premier paiement active automatiquement un abonnement mensuel.
Le montant de cet abonnement a évolué au fil du temps : d’abord fixé à 29,90 € par mois, il est passé à 49,90 € par mois dans sa version actuelle. Sans résiliation explicite, ce prélèvement reconduit tous les mois.
Comparer avec les tarifs officiels permet de mesurer l’écart :
| Service | Type | Prix extrait Kbis |
|---|---|---|
| Infogreffe | Officiel (GIE des greffiers) | 3,37 € par voie électronique |
| Guichet du greffe | Service public | 2,44 € |
| Portail des Sociétés | Privé | 0,99 € + abonnement 49,90 €/mois |
Un extrait Kbis obtenu via Portail des Sociétés revient en réalité à 50,89 € le premier mois, soit quinze fois le tarif Infogreffe si vous ne résiliez pas dans les jours qui suivent. Le « prix attractif » de 0,99 € est une entrée de gamme qui masque un coût réel très supérieur.
Le prélèvement de 49,90 € : une arnaque à l’abonnement caché

Le mécanisme est rodé. Lorsque vous arrivez sur le site via une publicité Google, vous atterrissez souvent sur une page d’accueil spécifique – l’URL contient généralement « /accueil/ » – où la mention de l’abonnement figure en caractères minuscules, noyée dans les CGV ou dans un encadré peu visible.
Le paiement de 0,99 € pour le Kbis ne sert pas uniquement à payer le document : il sert à enregistrer votre carte bancaire et à activer l’abonnement mensuel.
La société opérant portail-des-societes.com est immatriculée au Royaume-Uni. Ce choix de domiciliation complique les recours juridiques pour les utilisateurs français, puisque la société échappe partiellement à la juridiction des tribunaux de commerce français et au droit européen de la consommation tel qu’il s’applique entre États membres de l’UE.
Sur Signal-Arnaques, le site est explicitement qualifié de « site d’arnaque à l’abonnement caché », avec plus de vingt signalements recensés sur une seule page de la plateforme.
Ce modèle n’est pas propre à Portail des Sociétés. Une famille entière de sites imitant l’apparence de services officiels utilise la même mécanique : un document légal comme prétexte, un prix d’appel sous le seuil psychologique de 1 €, et un abonnement récurrent activé silencieusement.
La DGCCRF a identifié ce type de pratique comme relevant des pratiques commerciales trompeuses au sens du Code de la consommation.
Comment se désabonner du Portail des Sociétés?
Trois canaux de contact sont théoriquement disponibles pour résilier l’abonnement au portail des sociétés :
- Le numéro de téléphone : 01 88 40 56 65
- L’adresse email : contact@portail-des-societes.com
- L’espace client « Mon Compte » directement sur le site
En pratique, les retours d’utilisateurs sont peu encourageants. Le numéro de téléphone est régulièrement signalé comme sans réponse, ou avec des temps d’attente très longs qui découragent la démarche. Les courriers envoyés par voie postale restent souvent sans suite.
L’espace Mon Compte permet en théorie de résilier en ligne, mais plusieurs utilisateurs ont constaté que la résiliation n’était pas effective et que les prélèvements ont continué malgré la validation.
La démarche la plus fiable rapportée par des utilisateurs ayant réussi à stopper les prélèvements consiste à combiner deux actions simultanées : envoyer un email de résiliation avec accusé de réception, et contacter immédiatement sa banque pour bloquer les prélèvements futurs en provenance de ce créancier.
Obtenir un remboursement : quelles démarches et quels délais?

La question du portail des sociétés remboursement est plus complexe, mais pas sans issue. Plusieurs leviers existent, avec des taux de succès variables selon la méthode choisie.
Le premier levier est la contestation bancaire. Votre banque peut initier un chargeback – un remboursement forcé par le réseau de paiement – sur les transactions des 90 derniers jours si vous démontrez un débit non autorisé ou trompeur.
Ce délai de 90 jours est particulièrement pertinent ici : la domiciliation britannique de la société la soumet aux règles de traitement des litiges des réseaux Visa et Mastercard, qui prévoient ce mécanisme de contestation.
Prenez rendez-vous avec votre conseiller bancaire, documentez les prélèvements, et demandez explicitement un chargeback pour « service non autorisé ».
Le deuxième levier est la mise en demeure pour pratique commerciale trompeuse. Plusieurs utilisateurs ont obtenu un remboursement intégral en adressant à la société un courrier recommandé mentionnant explicitement les articles L.121-1 et suivants du Code de la consommation, et en indiquant leur intention de saisir la DGCCRF et la juridiction compétente.
La menace d’une procédure formelle suffit souvent à débloquer un remboursement rapide de la part du service client.
- Rassembler tous les relevés bancaires avec les prélèvements identifiés
- Calculer le montant total prélevé sur les 90 derniers jours
- Contacter la banque pour initier une procédure de chargeback
- Envoyer une mise en demeure par email et courrier recommandé
- Signaler le site à la DGCCRF via SignalConso si aucune réponse sous 15 jours
Avis et retours d’expérience sur le Portail des Sociétés
Les portail des sociétés avis disponibles en ligne présentent une fracture nette. Sur Trustpilot, 2 836 avis donnent une note globale de 4,3/5.
Ce chiffre mérite d’être contextualisé : les avis positifs viennent majoritairement d’utilisateurs qui ont commandé leur document, l’ont reçu rapidement, et – soit n’ont pas remarqué l’abonnement, soit ont résilié avant le premier prélèvement mensuel. Le service de délivrance de documents fonctionne techniquement.
Sur Signal-Arnaques, le tableau est inverse. Les témoignages sont précis et convergents : « J’ai commandé un Kbis à 0,99 €, trois semaines plus tard je vois 29,90 € débités », « Impossible de joindre quelqu’un au téléphone », « Le numéro sonne dans le vide ». Ces signalements décrivent une mécanique identique, ce qui suggère un problème structurel et non des cas isolés.
La coexistence d’une bonne note Trustpilot et de nombreux signalements d’arnaque s’explique par deux populations d’utilisateurs très différentes : ceux qui ont eu ce qu’ils cherchaient sans activer (ou en résolvant rapidement) l’abonnement, et ceux qui ont découvert les prélèvements des semaines après sans comprendre leur origine.
Le service n’est pas frauduleux dans sa délivrance de documents – il l’est dans la façon dont l’abonnement est vendu.
Quelles alternatives officielles pour obtenir un Kbis?

Aucune raison technique ne justifie de passer par Portail des Sociétés pour obtenir un extrait Kbis. Les alternatives officielles sont plus rapides, moins chères, et sans risque d’abonnement caché.
| Plateforme | Statut | Prix Kbis | Délai |
|---|---|---|---|
| Infogreffe | Officiel – GIE des greffiers | 3,37 € | Immédiat (PDF) |
| Guichet unique INPI | Service public | 2,44 € | Immédiat à 24h |
| Monidenum | Service public | Gratuit (accès dirigeant) | Immédiat |
Monidenum mérite une mention particulière : ce service public permet au dirigeant d’accéder gratuitement à ses propres documents d’immatriculation. Si vous êtes gérant ou président de la société concernée, c’est le canal le plus direct – et sans frais.
Le recours au Portail des Sociétés n’est jamais obligatoire
Aucune loi, aucune administration, aucune procédure officielle n’impose de passer par portail-des-societes.com. Ce point mérite d’être posé clairement, car la présentation du site peut laisser entendre le contraire.
Le portail des sociétés n’est pas obligatoire pour créer une entreprise, modifier ses statuts, renouveler une immatriculation ou fournir un Kbis à un partenaire commercial ou à une banque.
Si un email ou un courrier vous indique que vous « devez » régulariser votre situation via ce portail ou un site similaire, méfiez-vous. Il s’agit d’une pratique de démarchage qui imite le ton administratif pour créer un sentiment d’urgence.
Les vraies obligations légales passent exclusivement par des canaux publics identifiables : greffe du tribunal de commerce, INPI, ou direction régionale des entreprises.
Un Kbis obtenu sur Infogreffe ou le guichet unique a exactement la même valeur juridique qu’un document obtenu via un intermédiaire privé – et il coûte 46 fois moins cher sur un an complet. Le choix est arithmétique.
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